PIERRE LUCERNE :

POETE DE L’ECRITURE AU NEGATIF

 

EXPOSITION ECOLE D’ARTS DE TOURS

 

à l’initiative d’Alain BORER

dans le cadre de son atelier d’écriture

 

mai 2002

 

travaux d’écriture

 1975-1982

 

   

Repères/datation d'une itinerrance

1975-1982 : travaux d'écriture: les petits théâtres de l'écrit précaire

Un des premiers travaux: signatures rageusement faites à l'encre rouge sur une feuille. Seul nom inscrit : le pseudonyme qui m'est venu du dehors : Lucerné

Quelques tentatives pour me loger dans une question de Roland Barthes à propos d'un haï-ku de Basho (cf : R Barthes : L'empire des signes, Skira) : "où commence la peinture où commence l'écriture ?" Je deviens cette question. Où commence le commencement ? Je ne suis plus qu'une question "à vif" pendant 7 ans. J'écris/inscris pour questionner l'écriture, pour scruter la sprectralité de la lettre dans ses nombreux déguisements. Carnets, cahiers, livres, amas éphémères d'écriture, "paginaires" rassemblant des pages d'écritures très hétérogènes, rouleaux d'écriture, ligatures de "signats" etc…. corps remis à la digitalité du négatif-actif. Pendant toute cette période, courrier abondant avec quelques "singuliers". Soutien passionné et affectueux de Jean Dubuffet, de Valère Novarina, de Christian Prigent, de Daniel Busto, de Michél Thévoz et de Geneviève Roulin (conservateur du musée de l'Art Brut). Après un très grave* accident de voiture

Date de retour/

Rate de détour

d'où je ressors exsangue (en allant déposer des travaux dans le cadre de l'exposition "Muro torto" ( !) organisée par la revue TXT et les animateurs du centre Graslin de Nantes) je décide de ne plus apparaître dans quelque lieu d'art que ce soit de façon à consacrer toute mon énergie à créer une pièce aux écritures. "Le tombeau vide" de l'assigné aux métamorphoses du papier et de l'inscript.

1985-1992 : les Dits du Mépeint d'or

Tentatives de questionnement à propos de la peinture. La peinture peut-elle apparaître sans les outils et la "crémaison" qui lui sont assignés "de coutume" ? La peinture peut-elle avoir une carnation à la fois volatile et volumineuse ? Sa matière peut-elle venir d'un dehors déjeté car dérisoire : les papiers colorés des caniveaux par exemple. L'enveloppe froissée du bonbon ? Je décide donc de collecter quotidiennement cette matière pacotilleuse. La dramaturgie sera l'assemblage. L'outil sera l'épingle (si possible l'épingle à tête triangulaire). Doigts, épingles, torsions. Capture des forces. Capture des forces en deça des formes. Fabrique de "personnages rythmiques" (O. Messian) La peinture est un vrai trois. Perfection dans la malfaçon. Attitude clownesque. Ausculter, tâter, caresser, presser les astres des trottoirs. Travestissement de l'augure en auguste. Devenir-tors de la couleur. Accentuation de sa mise en demeure de capturer l' ailleurs de sa carnation dans l'aléa du feuilleté. Scribe à mi-chemin du gâteau et du peint. Jubilation du qu'en faire ? Savoir que l'inattendu du tact a toujours le dernier mot. Enfer du faire et du défaire. Homme-orchidée livré à la viscéralité des innombrables altérations  et falsifications de "sa " matière. Dans ce dédale où je m'isole, à nouveau Valère Novarina me soutient de son amitié et me met en contact avec la seule personne qui lui semble irraisonnablement pouvoir s'enthousiasmer pour ce travail et le faire connaître autour de lui. Il s'agit d'un mécène, collectionneur, "ami des arts", habitant Rome, ami romain de Cy Twombly : Gabriele Stocchi. Comprenant rapidement qu'il n'y a pas d'espoir de me débaucher pour une exposition, il me met en contact avec quelques uns de ses amis dont Gino di Maggio, directeur de la Fondazione Mudima à Milan. Ces amitiés italiennes m'incitent à continuer cette deuxième tentative de travestissement de la matière par la matière. Ditologie négative.

1994-1995 : Petits théâtres de l'encre spectreuse.

 Travail destiné à éprouver ce qu'on entend par "l'unique trait de pinceau". Assemblage, pliage de matières d'encre hétérogènes. Ces encres (à base d'encre de chine noire ou sépia) sont détériorées intentionnellement de façon à créer des irrégularités dans le miroitement. Apparition de ce que j'appelle des anté-figures, figures spectrales d'avant le miroir. Ces apparitions fantomatiques sont favorisées par l'application de caches confectionnés pour condenser au maximum les entrecroisements ou juxtaposition des papiers encrés. C'est la première fois que j'utilise le pinceau comme outil. Les formats restent modestes. Ce travail est fait sur table, dans un emportement où je passe très rapidement d'une feuille à l'autre. La matière doit me prendre de vitesse pour imposer sa contrefaçon. 

 1996-2002 : (travaux en cours). Les écrits du khrdito (trad. Cœur-doigt)

Travail de questionnement sur l'écriture plus austère que dans le premier cycle (1975-1982) confrontation voulue de la lettre et du "mal-trait". Commencement rayé d'un idéogramme it/[chich]3 que je trouve comme signature d'un "canto dynastique" de Pound (canto LII). Je décide après cette incitation du dehors de mettre en chantier un livre de poèmes-dessin qui prendra en charge cette rayure (fissure ? des ja gu wen ?) initiale. Ce livre s'appellera : "Le livre des Idéogramnésies". Livre ouvert, tenant dans la main, convoquant des outils d'inscription sommaires : la pointe-bic noire, la lame qui gratte et excorie, le crayon de bois et la gomme. Mais l'initiative restera en fin de compte au papier. Ce qui me ravit d'emblée. C'est lui, le dehors intime qui résiste et s'impose comme l'Initiant. On pourrait parler du Tain de l'Initiant (aussi paradoxalement du Tain du Disparant) c'est lui le miroir, la paroi, le corps (l'anté-corps) la mémoire. D'autant plus qu'il est là "révélant" quant à son recto, "caché" quant à son verso. L'envers devient l'aléatoire engrammatique, le dépôt des cicatrices, la géographie pyromantique du poème inscrit. Recto/ Verso. Inscrit/ Inscript.

Il me devient très vite évident que je dois consigner tous les commentaires sur ce premier travail dans un livre ou un carnet de bord. Ce sera un carnet quadrillé  qui se verra sollicité non pas recto/verso mais défini par une confrontation page gauche/page droite. Il doit être lisible et sur-écrit à la fois. L'œil du lecteur  sera constamment partagé entre les écrits de la page gauche (listes, étymologies, salmigondis où sont convoqués des mots appartenant à des langues diverses (grec ancien, ancien français, anglais, allemand, italien, espagnol,  portugais (escrever) toutes ces langues appartenant à la famille des langues indo-européennes (latin et sanskrit peu utilisés) et ceux de la page droite qui alignent commentaires, poèmes, parodies clownesques d'écrivains aimés réinstallés dans l'anonymat de la remembrance. Pour remplir ce "carnet des dits de l'Excoriat" seront utilisés comme outils le crayon de bois et la gomme.

Il manquait un travail qui pourrait donner à ces deux premiers volets le trois qui les "légitimerait". Trouver l'outil adéquat au verbe grec ancien que me tend un ami en toute innocence : exaleijw : effacer, ôter en frottant. Cet ami me donne le trois. A nouveau intervention du dehors. Je conçois d'effacer à la gomme des commentaires, des poèmes, des mots choisis. Les poussières mêlées de la gomme et du crayon seront les configurations de rêve du rien-que-poussières. Déposées et encloses dans des feuilles pliées minutieusement au format d'une enveloppe normale (le courrier des cendres ?) . Constellations du ciel du pouce. Petits théâtres remis aux plis de qui vous savez. C'est le livre (éclaté) des idéogrammes-poussières.

   

BIBLIOGRAPHIE

LE BOUT DES BORDES  4-29, Octobre 1978, p. 53 (Journal de J. Luc et Titi Parant).

LE BOUT DES BORDES  5, Décembre 1979, p. 48-51 (Journal de J. Luc et Titi Parant).

TXT, L'écrit Le caca  10, « Lettre à Christian Prigent » et « Totemenstrues », Ch. Bourgois, 1978, p. 47-54.

TXT, Le poids de la langue  11, « Marbaques », Ch Bourgois, 1979, p.97-105.

TXT, « L’acteur ?»  12 ouvrez vos oroeils (enquête) « Cories » « ça et cetera » Ch. Bourgois, 1980, p.66-67 et p. 75.

TXT, La poésie c’est à dire l’écriture  14, « D.B. ou le Zed rédempteur, le petit idéogramme criard » 1982.

TEXTUERRE  19/20, « Exécrées ritures », octobre 1979, p.11-17.

SGRAFFITE  3/4, « Graphies : rétils », 1980, p. 66-77 Dossier / Plaiture : Pierre Lucerné.

MURO TORTO, catalogue d’exposition organisée à l’espace culturel Graslin de Nantes, 1982, p. 21-22.

TXT, 1969 / 1993, Une anthologie, « Le ressasse-barbacue », Ch. Bourgois, 1995, p.95-97.

« Marbaques » 1 et 2 (?).

GENESIS  10, « Du matériau  scripturaire à l’espace de la page », Jean-Michel Place, 1996, p.93.